Accueil
Accueil Menu

L'archive du mois de novembre 2018 !

L'archive du mois de novembre 2018 !
Lumière sur... Pierre Edouard Daney (1888-1915) !
Publié le mercredi 07 novembre 2018

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Lumière sur… Pierre Edouard Daney (1888-1915)

Pour célébrer le centenaire de l’Armistice, nous vous proposons de découvrir l’histoire de notre commune et de ses habitants durant la Première Guerre mondiale à travers une exposition inédite « Lège-Cap Ferret dans la Grande Guerre » du 3 novembre au 8 décembre 2018. Labellisée par la Mission Centenaire, cette exposition met en lumière le sacrifice de ses soldats partis au front, les efforts de leurs familles restées à l’arrière et le soutien apporté par les troupes alliées. Des objets de collection sont présentés au cours de l’exposition.

La revue municipale Presqu’île n°71 revient également sur un mariage franco-américain en 1919 au Cap Ferret, accompagné du témoignage bouleversant de leur petite-fille.

Cette archive du mois est consacrée à l’histoire de Pierre Edouard Daney, Ferret-Capien, décédé en 1915, dont le nom est gravé sur le Monument aux Morts de L’Herbe.


Pierre Edouard Daney

Portrait de Pierre Edouard Daney (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)Fils de François Daney et Catherine Cameleyre, Pierre Edouard Daney naît le 17 décembre 1888 à Gujan-Mestras. Il est aussi le petit-fils de Barthélémy dit Bélisaire Daney.

Est-ce d’ailleurs en son honneur que son grand-père nomme l’une de ses villas "Edouard" ? Située en bord de plage au quartier Bélisaire, à côté du restaurant du même nom, cette villa est connue pour son laurier dont on coupait des rameaux pour la bénédiction. La villa Edouard est détruite dans les années 1980.

Portrait de Pierre Edouard Daney (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Ancien élève de Saint Elme, une école catholique arcachonnaise, Edouard Daney est inscrit maritime au quartier d’Arcachon. Il effectue son service militaire à 20 ans, comme tous les autres jeunes hommes de la classe 1908. L’édition du 15 décembre 1912 de L’Avenir d’Arcachon nous apprend en outre qu’il est trésorier-adjoint du Syndicat des habitants et concessionnaires du Cap Ferret. Il épouse Antoinette Germaine Broustaut le 2 février 1914 à Gujan-Mestras.


Partir au front

Carnet de guerre de Pierre Edouard Daney (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)Lorsque la guerre éclate, Edouard rejoint le 7ème Régiment d’Infanterie Coloniale en tant que soldat de 2ème classe. Il commence alors la rédaction d’un carnet de guerre. Sur la première page, sont épinglées une mèche de cheveux, certainement ceux de sa femme, et trois petites médailles religieuses de Marie et de St Christophe, le patron des voyageurs.

Carnet de guerre d’Edouard Daney (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Son récit commence par le long voyage qui le mène vers le front du nord :

Parti de Bordeaux St Jean le 23 juin 1915 à 5 heures du matin, nous partons en wagons de voyageur, voyage tranquille, changement de compartiment à Poitiers. Passons en un wagon qui contournant par le P.O nous conduit à Paris où nous prenons le ch. de fer de ceinture jusqu’au Bourget où nous stationnons depuis 11 heures du matin jusqu’au lendemain matin 4 heures, nous prenons la ligne du Nord, nous filons sur Amiens et Doulens (sic). A Doulens (sic), grande ville industrielle et riche du Pas-de-Calais, nous descendons et partons en colonne de route à Ivergny, Pas de Calais, petite commune où nous restons quelques jours, logés chez les habitants, exercices, tirs, marches alentour dudit village, puis après 8 jours environ quittons Ivergny …

Il passe ses journées entre les déplacements des troupes et les travaux dans les tranchées près de l’ouvrage Pruneau, près de Ville-sur-Tourbe :

… le 23 l’explosion d’une mine, explosion provoquée par nous, réponse marmitage, environ 75 à 80 obus sur Pruneau, dégâts matériels seulement, insignifiants, blessé très légèrement.

La Bataille de Champagne

La Bataille de Champagne (25 septembre 1915 - 10 octobre 1915) scelle son destin. Au matin du 25 septembre, le 7ème Régiment d’Infanterie Coloniale s’engage dans un féroce combat pour reprendre les lignes ennemies :

 … en un superbe élan, le régiment bondit hors de la tranchée 22. Dans un ordre parfait, malgré le barrage de l’artillerie ennemie et surtout la violence du tir de ses mitrailleuses, il traverse la zone neutre et aborde les réseaux ennemis.

Ils sont intacts. Sans hésiter un seul instant, on sort les cisailles de leurs gaines et l’on commence le long et dur travail qu’est le cisaillement d’un réseau.

Les Allemands voient faire les coloniaux ; de leurs tranchées, tout comme ils l’auraient fait dans un stand de tir, ils les ajustent. Malgré notre riposte, car on s’est partagé la besogne, les uns travaillent, les autres tirent, ils nous causent des pertes très élevées.

Puis, la grenade se met de la partie. L’ennemi, abrité dans sa tranchée, a sur nous cette supériorité énorme pour un grenadier, qu’il lance ses engins de mort dans la position debout. Nos hommes sont obligés de s'agenouiller et sont de merveilleuses cibles pour le Teuton.

Enfin...quelques brèches sont faites dans le réseau. On fait irruption dans les lignes allemandes. Nos pertes, déjà lourdes, nous mettent en état d'infériorité numérique marquée. Mais cela ne décourage pas le marsouin. 

Au cours des jours suivants, le régiment affronte les Allemands dans de violents combats et parvient à conserver le terrain qu’il a conquis au prix de très lourdes pertes. Le 9 octobre, le régiment est relevé et va cantonner, pour quelques jours, à Courtemont. Puis il revient occuper le secteur de Ville-sur-Tourbe, à l’ouest de l'ouvrage Pruneau, jusqu’au 26 novembre, date à laquelle il est envoyé au grand repos.

Ville-sur-Tourbe (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)Edouard Daney, lui, ne se relèvera pas au premier jour de la bataille. Séparé de son camarade par la tourmente, blessé par une balle de mitrailleuse, il essaie de gagner seul le Poste de Secours. Il est presque arrivé lorsqu’un obus brise toutes ses chances de survie. Il meurt au combat à l’âge de 27 ans le 25 septembre 1915 à Ville-sur-Tourbe (Marne).

Ville-sur-Tourbe, une ville meurtrie par la guerre (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Il laisse derrière lui une femme enceinte. Son fils, Armand, viendra au monde le 6 mars 1916.

Son décès est transcrit le 28 avril 1916 à Gujan-Mestras. Le Journal Officiel du 1er novembre 1920 lui consacre cette citation :

DANEY (Pierre), mle 010733, soldat : brave et loyal soldat, ayant vaillamment accompli tout son devoir, dans toutes les affaires auxquelles il a pris part. Glorieusement tombé en Champagne, le 25 septembre 1915, en se portant avec le plus complet mépris du danger à l’assaut d’une très forte position ennemie. Croix de guerre avec étoile de bronze.

Il reçoit la mention Mort pour la France.


Les obsèques

Le cimetière de La Porcherie à Ville-sur-Tourbe (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)Le corps de Pierre Edouard Daney est inhumé dans un premier temps dans le cimetière de la Porcherie sous le numéro 94 à Ville-sur-Tourbe (Marne).

Le cimetière de la Porcherie à Ville-sur-Tourbe (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)



Six ans plus tard, sa dépouille est exhumée et rapatriée pour être inhumée dans le caveau familial à Gujan. Ses secondes obsèques ont lieu le 3 décembre 1921. L’abbé Jean-Louis Travoyat, curé de la paroisse, prononce une allocution poignante, soulignant le côté modeste et pieux du défunt :

Edouard Daney fut un de ces privilégiés qui, s’ils ne passent point inaperçus, passent du moins sans bruit, sans éclat tapageur, sans histoire, dirais-je, sans histoire au singulier, sans histoires au pluriel. Il les aimait si peu que les siens, interprétant des désirs que, vivant et parlant, il eût certainement exprimés lui-même, auraient voulu que ce retour du front, après des années d’absence, et que cette rentrée au cher et lointain village, pour le repos définitif dans le tombeau de famille, se fût tout simplement, sans déranger personne que les parents immédiats, les amis les plus proches, dans le silence respectueux, la discrétion et l’intimité d’une réunion privée, et comme fermée, autour d’un humble cercueil qu’on exhume, pour le mettre à la place obscure qui l’attend. […] Digne compensation au regret de n’avoir pas revu les siens ici-bas, de n’avoir pas connu, de n’avoir pu embrasser et appeler "son fils" le petit ange dont si amoureusement il avait préparé le berceau, et dont son âme de père rencontra peut-être l’âme d’enfant sortant du ciel, quand elle-même y entrait !

Allocution de labbé Travoyat (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)Allocution de l’abbé Travoyat (fonds Jean-Philippe Daney, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Le nom de Pierre Edouard Daney figure le Monument aux Morts de L’Herbe aux côtés des quatorze autres Ferret-Capiens Morts pour la France.





Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”

Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Contribuez à enrichir notre patrimoine !

Vous détenez peut-être des archives familiales sur un ancêtre parti au front ou resté à l’arrière (correspondance, cartes postales, photographies, livrets militaires, journaux, objets de tranchée etc.). Venez nous les confier et enrichissez notre fonds sur la Grande Guerre (don ou prêt pour numérisation). Un grand merci à vous tous, futurs contributeurs !

Contactez-nous ! 

Service des archives

79 avenue de la Mairie, Lège bourg

archives.ad@legecapferret.fr

05.57.17.07.80


Sources et références

  • Les Archives Municipales de Lège-Cap Ferret :

-    Fonds Jean-Philippe Daney, l'arrière-petit-fils d'Edouard Daney

  • Historique du 7ème Régiment d’Infanterie Coloniale, Imprimerie G. Delmas, Bordeaux, sans date


Création site Internet mairie